 |
Histoire
Histoire de l'Officier Mécanicien Navigant
|
Histoire vue par MM : A. Blanchard,
P. Blanchard, P. Chollet, C. Guérin,
P. Labrunie, A. Roger.
Version enrichie. Le 22 janvier 2004.
|
| Clément Ader en 1890, les frères
Wright en 1903, Blériot, Farman et la plupart des
pionniers de l’aviation ont été des
inventeurs, de véritables bijoutiers de la mécanique
qui ont « chevauché » leurs machines
et ont été de fait les premiers pilotes. Leur
contribution aussi importante qu’historique est largement
connue et ce ne sera pas l’objet de notre réflexion
d’aujourd’hui. Souvenons-nous simplement qu’il
fallait d’abord maîtriser la mécanique
avant d’aborder le pilotage.
L'Officier Mécanicien Navigant en
abréviation l'OMN trouve ses racines dans les premiers
mécaniciens placés côte à côte
ou en tandem avec les pilotes sur des avions monomoteurs.
Ils effectuaient la visite prévol de l’avion,
les dépannages et l'entretien en escale dans des
lieux déshérités le long de la côte
Ouest africaine et de la côte Est de l’Amérique
du sud. Chaque Etat dans le monde, doté d’une
aviation, a développé chez lui un schéma
semblable.

A partir de 1920 fut créée
la ligne Paris-Londres-Paris assurée par des Goliath
français et des Handley Page anglais. Les LATE 25
et 26 furent mis en ligne en 1927, les mécaniciens
étaient affectés à une mission qu’ils
devaient poursuivre jusqu’au bout même en cas
de changement de pilote ou d’avion. Le dépannage
au sol était à la charge du mécanicien
navigant qui arrivait avec l’avion dépanneur.
Ils apprirent à piloter sur le tas,
mais aussi en école de pilotage, pour soulager les
pilotes durant le vol, devenant ainsi pour le pilote, le
premier pilote automatique. Ce qui peut faire sourire aujourd'hui
!
A l'arrivée des avions multimoteurs,
notamment hydravions, avec deux pilotes à bord, ils
participèrent de plus près encore à
la conduite du vol en surveillant et assurant les réglages
fins des moteurs au travers de l’instrumentation.
Ils stoppaient un moteur défectueux avant que les
dégâts ne soient irréversibles. Ne perdons
pas de vue qu’ils effectuaient la visite prévol
extérieure et intérieure de l’avion,
afin de contrôler son aptitude au vol, plus particulièrement
du côté des systèmes y compris les commandes
de vol et l’état extérieur de la machine.
Le premier avion construit avec un poste
de mécanicien navigant fut le Boeing 307, quadrimoteur
pressurisé, dont le premier vol remonte au 31 décembre
1938. En France le Bloch 161 « Languedoc »,
le Latécoère 521 puis 631 étaient équipés
d’un tableau de bord spécifique à la
fonction du Mécanicien Navigant.
Mécanicien Navigant était devenu une profession
à part entière, sanctionnée par un
Brevet.
Nous ne connaissons pas le nom du premier impétrant,
les archives disponibles n’étant pas chronologiques
de l’accès au métier.

Après la seconde guerre mondiale,
l'arrivée des multimoteurs modernes, très
sophistiqués, rendit le mécanicien navigant
indispensable. Il disposait d’un tableau de bord qui
présentait de nombreux paramètres et les réglages
permanents des moteurs de plus en plus puissants mais fragiles
(moteurs surcompressés). Il assurait aussi la gestion
des systèmes : pressurisation, climatisation, électricité,
carburant, pneumatique, hydraulique, …
Sur avions longs-courriers (Loockeed Constellation et Super
Constellation, par exemple), il devint même nécessaire
d'embarquer deux mécaniciens navigants qui travaillaient
simultanément dans certaines phases du vol. Les temps
de vol et la conduite machine ont obligé cette composition
d’équipage. Ils furent même au nombre
de trois sur les plus gros Latécoère.
Ils étaient devenus en titre des
«Officiers Mécaniciens Navigants» ou
OMN et entraient dans la plénitude de leur métier.
La consistance du brevet et l'organisation de l'entraînement
évoluèrent au fur et à mesure des progrès
technologiques.

|
L'avènement des réacteurs ne prit pas les
OMN au dépourvu, ceux-ci participèrent de
plus en plus à la conduite et au suivi du vol et
de la trajectoire. Dans les années 1970 et 80 furent
intégrés des modules d’acquisition
de compétences en navigation, radiocommunication,
propulsion, nouvelle instrumentation « glass cockpit
».
Ce ne fut pas le cas des mécaniciens navigants
militaires qui demeurèrent attachés à
la conduite des moteurs mais disparurent peu à
peu, sauf lorsque la certification de l'avion nécessitait
leur présence (Transal C 160 par exemple, avion
équipé de turbopropulseurs). Précisons
tout de même qu’ils sont beaucoup plus sollicités
que les OMN civils pour les opérations au sol :
chargement, déchargement, maintenance. Ils ont
de toute façon prouvé leur capacité
à s’adapter, beaucoup de mécaniciens
navigants militaires ayant ensuite travaillé dans
les compagnies aériennes.
Au début du métier les OMN étaient
issus des services d'entretien de l'armée de l'air
ou des compagnies aériennes, mais l'introduction
de l'électronique a fait s’élargir
le recrutement parmi d'autres catégories de professionnels.
La base minimale du recrutement à partir des années
1970 devint les BTS ou les DUT, technologiques.
Les OMN, qui travaillaient dans les cockpits de ces avions
longs-courriers, multimoteurs à pistons puis réacteurs
ou turbopropulseurs, avaient pour collègues : le
commandant de bord, le pilote, le navigateur et le radio
navigant.
La réduction du nombre des spécialités
et donc des membres d'équipage, qui frappe depuis
longtemps, a déjà fait disparaître
le radio navigant puis le navigateur.
Le Boeing 707 passa ainsi progressivement de l’équipage
à cinq membres à l’équipage
à trois membres. Ces professionnels se sont transformés,
certains devenant OMN, d'autres devenant pilote.
Ce fut le début d'une longue série de conversions
qui a touché aussi les OMN dont un grand nombre
(plus de 600), sont devenus pilotes puis commandants de
bord. Ils ont par là démontré leur
capacité d'adaptation.
A la Postale, sur Fokker 27 notamment, puis à Air
Inter sur Caravelle, la présence de l’OMN
a permis de mettre en œuvre des atterrissages dits
« tout temps » soit par visibilité
quasiment nulle. Cette manœuvre, à l’époque
(1970), était impossible sans l’OMN, la technologie
étant encore insuffisante.
|
Au début des années 1980, les mutations
technologiques introduites par les constructeurs, pour
certaines à la demande des compagnies, imposèrent
la réduction des équipages.
Réduction qui est devenue un dogme absolu initialisé
par Sud Aviation et ensuite Airbus, condamnant la profession
d'OMN.
Ces derniers et leurs représentants, qu'ils soient
syndicaux ou de l'encadrement, anticipèrent une
fin annoncée de la profession afin d’assurer
une transition harmonieuse pour tous.
Ils relevèrent le défi d'une ultime adaptation.
Ils renforcèrent encore le champ des connaissances
de l'OMN qui reçut alors la formation nécessaire
pour un passage ultérieur dans la fonction de pilote
de ligne. L'Ingénieur Navigant de l'Aviation Civile
(INAC ou IN), ainsi conçu, vit le jour fin 1982.
Dans l’exercice de la fonction de mécanicien
navigant, l’IN a les mêmes prérogatives
que l’OMN. Le premier brevet et la licence associée
d’INAC ont été délivrés
le 17 juin 1985 à Monsieur Gérard AVRIL.
L’INAC fut aussi la source d'une forte stimulation
des pilotes à maintenir le niveau théorique
de leur brevet de pilote de ligne.
Aujourd’hui, l’automatisation croissante
des avions et la réduction d’équipage
subséquente commencent à faire ressortir
la déqualification et l’éloignement
de l’équipage de la gestion en temps réel
d’une partie des systèmes de l’avion.
Citons simplement la transmission automatique, par radio
vers la maintenance au sol de paramètres résumant
l’état technique de l’avion. Ce mode
permet à la maintenance d’informer l’équipage
d’une dégradation sournoise de système,
amenant parfois l’équipage à anticiper
des procédures, voire se dérouter.
Ce qui précède met en exergue les principales
menaces que devront traiter les pilotes, s’ils veulent
rester des professionnels prestigieux, à l’image
de leurs anciens. La gestion du vol en externe par rapport
à l’équipage, telle que pratiquée
par certaines compagnies aériennes, risque de se
généraliser dans les grandes entreprises.
Ainsi dans le domaine de la préparation des vols
les calculs de quantité de carburant, chargement,
dégagement…, ont déjà échappé
partiellement ou totalement au commandant de bord.
Nos collègues pilotes vont se retrouver seuls après
avoir été au cœur d’équipages
soutenus par trois autres professionnels : Radio navigant,
Navigateur, Mécanicien navigant.

En décembre 2002, à Air France un accord
a été conclu pour tenter la dernière
adaptation de l’OMN/IN : celle de renfort d’équipage.
Notons que, si elle voit le jour, cette possibilité
découle de ce qui sera certainement la dernière
évolution des licences d’OMN et d’IN,
la définition du métier par la réglementation
européenne, le FCL4. Quelques emplois d’experts
ont été recensés afin de ne pas perdre
trop rapidement l’expérience et les compétences
de la profession.
Ces évolutions devraient permettre à nos
derniers OMN de terminer honorablement leur carrière.
La disparition de plusieurs compagnies employant des
OMN telles que Air Liberté, AOM, puis Air Lib,
l’arrêt des vols commerciaux du Concorde le
31 mai 2003, l’arrêt prévu des B747/200
et 300 (annoncé pour 2007/08 à Air France),
sonnent la fin des avions support du métier et
nous place au crépuscule de la profession.

|
Vous souhaitez enrichir ce document, contactez P. Labrunie
par la messagerie du SNOMAC.
|
|
|